Un colocataire part : la procédure à suivre

La colocation, c'est souvent une aventure humaine enrichissante. Mais tôt ou tard, la question se pose : un colocataire annonce qu'il quitte le logement. Que vous soyez celui qui reste, celui qui part, ou le propriétaire qui apprend la nouvelle, la situation soulève immédiatement une série de questions concrètes. Qui prévient le bailleur ? Quand ? Comment gérer la caution ? Le bail doit-il être modifié ? Faut-il trouver un remplaçant ?

Cette page vous propose une checklist complète, étape par étape, pour traverser ce moment sans mauvaise surprise. Nous aborderons le préavis, l'avenant au bail, la répartition des responsabilités entre colocataires, et la gestion des aspects financiers. L'objectif : que tout le monde, celui qui reste comme celui qui part, puisse avancer sereinement.


Pourquoi le départ d'un colocataire est un moment juridiquement délicat

Beaucoup de colocataires sous-estiment la complexité légale d'un départ. Dans la vie quotidienne, on se répartit les charges, on décide ensemble de la décoration, on règle les petits conflits autour d'un café. Mais dès qu'un colocataire part, on entre dans le domaine du droit du bail, de la responsabilité contractuelle et, parfois, des tensions financières.

Pourquoi cette complexité ? Parce que la colocation peut prendre des formes très différentes sur le plan juridique :

  • Un bail unique signé par tous les colocataires : chacun est co-titulaire du bail, ce qui signifie que la sortie de l'un d'eux nécessite une modification formelle du contrat.
  • Des baux individuels : chaque colocataire a son propre contrat avec le propriétaire, ce qui simplifie les départs mais est moins courant en pratique.
  • Un bail principal + sous-location : l'un des colocataires est locataire principal, les autres sont sous-locataires. Ici, les règles sont encore différentes.

Dans cet article, nous nous concentrons principalement sur le cas le plus fréquent en Belgique : le bail unique signé par plusieurs colocataires, notamment dans le contexte bruxellois régi par l'ordonnance du 27 juillet 2017 relative au bail d'habitation.


Étape 1 : Le préavis. Qui donne congé à qui ?

Le colocataire partant doit-il donner un préavis ?

Oui, et c'est souvent la première source de confusion. Quand un colocataire décide de quitter la colocation, il ne peut pas simplement faire ses valises et partir du jour au lendemain. Il doit respecter un délai de préavis.

À Bruxelles, dans le cadre d'un bail de résidence principale, le délai de préavis standard pour un locataire qui souhaite quitter le logement est de 2 mois. Ce délai court à partir du premier jour du mois qui suit la notification du congé.

⚠️ Attention : Ne confondez pas avec la Wallonie, où le préavis locataire est de 3 mois. À Bruxelles, c'est bien 2 mois.

Comment notifier le préavis ?

Le préavis doit être notifié de manière à créer une preuve écrite. Les formes légalement reconnues en Région de Bruxelles-Capitale sont :

  • La lettre recommandée avec accusé de réception : la date de départ du délai est le troisième jour ouvrable suivant l'envoi.
  • L'exploit d'huissier : formel mais rarement utilisé entre colocataires.
  • La remise en main propre contre signature d'un reçu daté.

Un simple SMS, un message WhatsApp ou un e-mail non suivi d'accusé de réception formel n'est pas suffisant sur le plan juridique. Cela peut créer des litiges sur la date de prise d'effet du préavis.

Le préavis doit-il être donné au propriétaire ou aux autres colocataires ?

C'est une question cruciale. Dans le cas d'un bail co-signé, le colocataire qui part doit notifier son départ à la fois au propriétaire et aux autres colocataires. Le propriétaire est en effet partie au contrat, et les colocataires restants doivent être informés pour s'organiser (trouver un remplaçant, renégocier la répartition des charges, etc.).

Oublier l'une de ces deux notifications peut entraîner des complications : le propriétaire pourrait refuser de reconnaître le départ comme valide, et les colocataires restants pourraient se retrouver dans une situation financière délicate sans avoir eu le temps de réagir.


Étape 2 : Informer le propriétaire et engager la négociation

Le propriétaire doit accepter le départ

Dans un bail co-signé, le départ d'un colocataire modifie la composition des parties au contrat. Le propriétaire doit être impliqué dans cette modification. Il ne s'agit pas simplement d'un arrangement interne entre colocataires.

Concrètement, cela signifie que le colocataire partant ne peut pas simplement « se retirer » du bail sans l'accord du bailleur. Si le propriétaire refuse de libérer le colocataire sortant de ses obligations, ce dernier reste juridiquement responsable du bail, y compris du paiement du loyer, jusqu'à la fin du contrat ou jusqu'à ce qu'un accord formel soit trouvé.

Que peut demander le propriétaire ?

Le propriétaire est en droit de :

  • Exiger un remplaçant solvable avant de libérer le colocataire sortant de ses obligations.
  • Refuser le remplacement proposé s'il juge le candidat insuffisamment solvable (selon des critères raisonnables).
  • Accepter la réduction du nombre de colocataires si les colocataires restants peuvent assumer seuls le loyer.

Dans les faits, la plupart des propriétaires préfèrent une colocation stable avec un remplaçant plutôt qu'une réduction des occupants. Mais rien ne les y oblige légalement.

La notion de solidarité entre colocataires

Lorsqu'un bail prévoit une clause de solidarité (ce qui est très fréquent), chaque colocataire est solidairement responsable de l'ensemble du loyer. Cela signifie que si un colocataire ne paye pas sa part, le propriétaire peut réclamer l'intégralité du loyer à n'importe lequel des autres colocataires.

Cette clause de solidarité s'applique également au colocataire qui part : tant qu'il n'est pas formellement libéré de ses obligations par un avenant au bail, il reste solidairement responsable du loyer, même s'il n'habite plus sur place.

C'est pourquoi la formalisation du départ par un document écrit n'est pas une option, c'est une nécessité.


Étape 3 : L'avenant au bail. La pièce maîtresse du départ

Qu'est-ce qu'un avenant au bail ?

Un avenant est un document contractuel qui modifie un ou plusieurs éléments d'un contrat existant. Dans le contexte d'une colocation, l'avenant au bail est le document qui officialise :

  • La sortie du colocataire partant et sa libération des obligations contractuelles.
  • L'entrée d'un nouveau colocataire le cas échéant.
  • La nouvelle répartition des responsabilités entre les colocataires restants.
  • Les éventuels ajustements financiers (caution, répartition des charges).

Que doit contenir l'avenant ?

Pour être efficace et éviter les litiges ultérieurs, l'avenant au bail lors du départ d'un colocataire devrait idéalement préciser :

  1. L'identité complète du colocataire sortant (nom, prénom, date de naissance, numéro de registre national).
  2. La date effective de départ du colocataire.
  3. La libération formelle du colocataire sortant de ses obligations futures au titre du bail (loyer, charges, dégradations futures).
  4. L'identité du nouveau colocataire entrant (si remplacement), avec ses coordonnées complètes.
  5. L'acceptation du bailleur concernant ce changement de composition.
  6. Les modalités de régularisation de la caution (restitution de la part du colocataire sortant, versement de la part du nouveau colocataire).
  7. La date de signature et les signatures de toutes les parties (propriétaire, colocataires restants, colocataire sortant, nouveau colocataire entrant).

Faut-il enregistrer l'avenant ?

En Belgique, les baux de résidence principale doivent être enregistrés. Un avenant modificatif important, notamment un changement de titulaires du bail, devrait également être enregistré. L'enregistrement est en principe à la charge du propriétaire et est gratuit pour les baux d'habitation depuis 2019 en Région de Bruxelles-Capitale.

Ne pas enregistrer l'avenant n'annule pas sa validité entre les parties, mais peut compliquer les choses en cas de litige ou lors d'une vérification administrative.


Étape 4 : Trouver un remplaçant. Les règles du jeu

Y a-t-il une obligation de trouver un remplaçant ?

Légalement, le colocataire partant n'est pas toujours obligé de trouver lui-même un remplaçant. Cela dépend des termes du bail et du pacte de colocation signé en interne.

Cependant, la réalité pratique est souvent différente : si le bail contient une clause prévoyant que le colocataire partant reste solidairement responsable jusqu'à ce qu'un remplaçant soit trouvé, il a alors un intérêt direct à participer activement à cette recherche.

L'indemnité en cas de remplacement non trouvé

Un point important, souvent mal compris : si le colocataire partant ne trouve pas de remplaçant après une recherche active et sérieuse, il peut néanmoins être libéré de ses obligations, mais pourrait devoir une indemnité compensatoire.

Cette indemnité n'est pas automatique. Elle dépend :

  • Des clauses du bail ou du pacte de colocation.
  • De la preuve que des démarches actives ont bien été entreprises pour trouver un remplaçant.
  • De l'accord ou du désaccord du propriétaire et des colocataires restants.

La preuve de la recherche active est donc fondamentale. Conservez les annonces publiées, les échanges de mails avec des candidats, les visites organisées. Sans ces preuves, il sera difficile de démontrer votre bonne foi.

Comment organiser les visites ?

La recherche d'un nouveau colocataire nécessite une coordination entre toutes les parties. Voici quelques bonnes pratiques :

  • Publiez des annonces sur les plateformes spécialisées (Kamernet, Appartager, Facebook Marketplace, etc.).
  • Communiquez clairement sur le montant du loyer, les charges incluses, les règles de la maison.
  • Organisez les visites en présence d'au moins un des colocataires restants. Ce sont eux qui vivront avec le nouveau venu.
  • Impliquez le propriétaire dans la validation finale du candidat retenu.

Étape 5 : L'état des lieux de sortie partiel

Faut-il faire un état des lieux quand un seul colocataire part ?

Oui, et c'est une étape que beaucoup négligent à tort. Lorsqu'un colocataire quitte la colocation, il est fortement recommandé de procéder à un état des lieux contradictoire partiel. C'est-à-dire un inventaire de l'état du logement au moment du départ, signé par toutes les parties.

Pourquoi est-ce important ? Parce que le colocataire partant veut être certain de ne pas être tenu responsable de dégradations survenues après son départ. Sans état des lieux de sortie, il est impossible de déterminer avec certitude quand les éventuels dommages ont eu lieu.

Que vérifier lors de cet état des lieux ?

  • L'état des parties communes (salon, cuisine, salle de bain, couloirs).
  • L'état de la chambre du colocataire partant.
  • Le fonctionnement des équipements (électroménager, chauffage, etc.).
  • La remise des clés (combien de clés avaient été fournies ? Combien sont restituées ?).
  • L'état des compteurs (eau, gaz, électricité) si les contrats sont au nom du colocataire partant.

Que faire des contrats de services ?

Si certains contrats (eau, gaz, électricité, internet) sont au nom du colocataire partant, il est impératif de les transférer ou de les modifier avant le départ. Laisser un contrat à son nom après avoir quitté le logement expose le colocataire sortant à des factures qu'il n'est pas en mesure de contrôler.


Étape 6 : La gestion de la caution

Comment fonctionne la caution en colocation ?

En Belgique, la caution locative peut prendre plusieurs formes :

  • Caution en espèces sur un compte bloqué au nom du locataire.
  • Garantie bancaire via un établissement financier.
  • Garantie du CPAS pour les locataires en difficulté financière.

En colocation, les pratiques varient. Souvent, la caution a été versée par les colocataires de manière inégale, ou entièrement par l'un d'entre eux. Cela peut créer des complications au moment d'un départ.

Comment récupérer la part de caution du colocataire partant ?

Il n'existe pas de mécanisme légal automatique permettant à un colocataire sortant de récupérer « sa part » de caution en cours de bail. La caution est destinée à garantir les obligations envers le propriétaire ; elle n'est libérée qu'à la fin du bail.

Dans la pratique, les colocataires s'arrangent entre eux : le nouveau colocataire entrant rembourse au colocataire sortant la somme qu'il avait versée à l'origine, et verse à son tour sa part de caution. Cet arrangement doit être documenté par écrit dans l'avenant au bail ou dans un accord séparé signé par toutes les parties.

Si aucun remplaçant n'est trouvé, la situation est plus complexe. Le colocataire sortant devra généralement attendre la fin du bail pour récupérer sa part, sauf accord amiable avec les colocataires restants.

Le compte caution au nom de qui ?

Si la caution est sur un compte bloqué au nom du colocataire sortant, il faudra effectuer les démarches bancaires nécessaires pour transférer ce compte ou modifier les titulaires. Cela nécessite l'accord du propriétaire et de la banque.


Étape 7 : Les responsabilités financières jusqu'à la date de départ

Le loyer du mois de départ

Le colocataire partant est redevable du loyer jusqu'à la fin de son préavis, même s'il quitte physiquement les lieux avant. Si son préavis se termine le 31 octobre, il doit contribuer au loyer du mois d'octobre, même s'il a déménagé ses affaires le 15.

La répartition interne, est-ce que le nouveau colocataire entrant paie à partir du jour où il arrive, ou seulement à partir du 1er novembre ?, doit être clarifiée entre les colocataires et documentée pour éviter les malentendus.

Les charges et dépenses communes

Un décompte des charges doit être effectué au moment du départ :

  • Courses communes : qu'est-ce qui reste dans les placards et le réfrigérateur ? À qui appartient quoi ?
  • Charges récurrentes : internet, abonnements en commun, etc.
  • Dépenses anticipées : si le colocataire partant a avancé de l'argent pour une réparation ou un équipement commun, il doit être remboursé.

Ces discussions peuvent être inconfortables. C'est pourquoi il est toujours préférable d'avoir un document interne, un pacte de colocation, qui précise à l'avance comment ces situations doivent être gérées.


Étape 8 : Mettre à jour le pacte de colocation interne

Pourquoi le pacte de colocation doit évoluer

Le pacte de colocation est un document interne entre colocataires, distinct du bail signé avec le propriétaire, qui régit la vie commune : répartition des chambres, règles d'utilisation des espaces communs, gestion des charges, procédures en cas de départ ou d'arrivée d'un colocataire, etc.

Lorsqu'un colocataire quitte la colocation, le pacte existant doit être mis à jour pour refléter la nouvelle réalité :

  • Suppression du colocataire sortant de la liste des parties.
  • Ajout du nouveau colocataire entrant, le cas échéant.
  • Révision de la répartition des charges (si le nombre de colocataires change).
  • Révision de l'attribution des chambres.
  • Mise à jour des règles de vie commune si nécessaire.

Que se passe-t-il si on n'a pas de pacte de colocation ?

Si votre colocation n'a jamais formalisé de pacte interne, le départ d'un colocataire est souvent l'occasion de se rendre compte que beaucoup de choses ont été laissées dans le flou. Qui paie quoi ? Qui décide des nouvelles règles ? Comment se passe l'intégration d'un nouveau venu ?

Sans document de référence, ces questions peuvent rapidement dégénérer en conflits, surtout dans un moment de transition où les émotions peuvent être vives.

Le départ d'un colocataire est donc aussi l'occasion idéale pour établir ou mettre à jour ce document fondateur de la vie en colocation.


Les erreurs les plus fréquentes à éviter

1. Partir sans préavis formel

Un colocataire qui quitte le logement sans respecter le préavis s'expose à devoir payer le loyer correspondant aux mois non prestés, ou une indemnité équivalente. La bonne intention ne suffit pas : il faut un écrit.

2. Croire que le colocataire sortant est automatiquement libéré du bail

Sans avenant signé par le propriétaire, le colocataire sortant reste juridiquement lié au bail. Des mois plus tard, si les colocataires restants ne paient pas le loyer, le propriétaire peut se retourner contre l'ancien colocataire.

3. Négliger l'état des lieux de sortie partiel

Sans état des lieux, le colocataire partant ne peut pas prouver qu'une dégradation constatée plus tard n'existait pas lors de son départ. Cela peut coûter cher.

4. Ne pas documenter les arrangements financiers

Le remboursement de la caution, la régularisation des charges, le remboursement d'avances. Tout cela doit être écrit et signé. Une conversation verbale, même amicale, ne constitue pas une preuve en cas de litige.

5. Oublier de transférer les contrats de services

Gaz, électricité, internet : si ces contrats restent au nom du colocataire sortant, il risque de recevoir des factures pour une consommation qui n'est plus la sienne, sans possibilité de contester.

6. Ignorer le registre de la population

En Belgique, tout changement de domicile doit être signalé à la commune dans les 8 jours ouvrables. Le colocataire sortant doit signaler son changement d'adresse ; le colocataire entrant doit s'inscrire à sa nouvelle adresse. Ces démarches administratives, bien que distinctes du bail, ont des implications pratiques importantes (impôts, allocations, etc.).


Checklist complète pour le départ d'un colocataire

Voici un récapitulatif sous forme de checklist pratique pour ne rien oublier :

Pour le colocataire qui part :

  • [ ] Envoyer le préavis formel (recommandé) au propriétaire ET aux colocataires restants. 2 Mois à Bruxelles
  • [ ] Proposer un remplaçant ou participer activement à la recherche
  • [ ] Conserver les preuves de recherche active d'un remplaçant
  • [ ] Demander la rédaction d'un avenant au bail
  • [ ] Signer l'avenant au bail libérateur
  • [ ] Réaliser un état des lieux contradictoire partiel
  • [ ] Remettre toutes les clés et en obtenir un reçu signé
  • [ ] Régulariser les charges communes (courses, factures, abonnements)
  • [ ] Transférer ou résilier les contrats de services à son nom
  • [ ] Récupérer sa part de caution (si arrangement avec le remplaçant) ou documenter les modalités de restitution future
  • [ ] Signaler son changement d'adresse à la commune
  • [ ] Mettre à jour ses coordonnées auprès de son employeur, banque, mutuelles, etc.

Pour les colocataires qui restent :

  • [ ] Accuser réception formelle du préavis du colocataire sortant
  • [ ] Informer le propriétaire et engager les discussions sur le remplacement
  • [ ] Organiser la recherche et la sélection d'un nouveau colocataire
  • [ ] Participer à l'état des lieux de sortie partiel
  • [ ] Signer l'avenant au bail (modification des parties)
  • [ ] Régulariser les finances avec le colocataire sortant
  • [ ] Mettre à jour le pacte de colocation interne
  • [ ] Accueillir le nouveau colocataire et lui remettre un exemplaire du pacte mis à jour

Pour le propriétaire :

  • [ ] Recevoir formellement le préavis du colocataire sortant
  • [ ] Vérifier la solvabilité du colocataire entrant
  • [ ] Rédiger ou valider l'avenant au bail
  • [ ] Signer l'avenant et en remettre un exemplaire à chaque partie
  • [ ] Procéder à l'enregistrement de l'avenant
  • [ ] Régulariser les aspects relatifs à la caution

Cas particuliers fréquents en pratique

Le colocataire part à l'étranger en urgence

Certains départs sont précipités : une opportunité professionnelle à l'étranger, une rupture difficile qui rend le maintien dans le logement impossible. Dans ces cas, respecter le préavis légal reste obligatoire, mais il est parfois possible de négocier avec le propriétaire une résiliation amiable anticipée, éventuellement moyennant une indemnité. La négociation transparente et rapide est toujours préférable à une fuite en avant.

Le colocataire a des dettes envers ses colocataires

Si le colocataire partant doit de l'argent (sa part de loyer non payée, des charges impayées, un emprunt informel), il faut documenter ces dettes avant son départ. Un accord de remboursement écrit, même simple, vaut mieux qu'une promesse verbale. En cas de non-paiement persistant, les voies de recours disponibles incluent la médiation, la procédure devant le juge de paix (compétent pour les litiges locatifs et les petites créances).

Les colocataires sont en conflit

Il arrive que le départ d'un colocataire soit la conséquence d'un conflit interne. Dans ce cas, les discussions autour de la caution, des charges ou du remplaçant peuvent rapidement devenir hostiles. Plusieurs options existent :

  • La médiation : des services publics de médiation existent en Région de Bruxelles-Capitale et peuvent aider à trouver un accord amiable sans passer par les tribunaux.
  • Le juge de paix : compétent pour les litiges locatifs, accessible sans avocat obligatoire pour de nombreuses procédures.
  • Un accord écrit supervisé par un médiateur : souvent la solution la plus rapide et la moins coûteuse.

Le propriétaire refuse de signer l'avenant

Si le propriétaire refuse de formaliser le départ par un avenant, la situation est plus complexe. Le colocataire sortant reste lié au bail. Il peut :

  • Tenter une négociation amiable avec le propriétaire, en proposant un candidat de remplacement solide.
  • Consulter un juriste ou un service de médiation locative.
  • Dans les cas extrêmes, saisir le juge de paix pour faire constater les circonstances du départ et limiter sa responsabilité.

L'importance d'anticiper : le pacte de colocation comme filet de sécurité

La plupart des difficultés que nous venons de décrire peuvent être considérablement réduites, voire évitées, si la colocation a, dès le départ, établi un pacte de colocation clair et complet.

Un bon pacte de colocation prévoit notamment :

  • Les modalités de préavis internes entre colocataires (indépendamment des obligations légales envers le bailleur).
  • Les obligations du colocataire partant en matière de recherche d'un remplaçant.
  • Les règles de gestion de la caution en cas de départ partiel.
  • La procédure d'intégration d'un nouveau colocataire (qui décide, comment, selon quels critères).
  • La répartition des responsabilités financières pendant la période de transition.
  • Les mécanismes de résolution des conflits en cas de désaccord.

En anticipant ces scénarios dans le pacte, les colocataires se donnent un cadre de référence partagé. Quand un départ survient, au lieu de devoir tout négocier à chaud, parfois dans un contexte émotionnellement difficile, chacun peut simplement se référer au document convenu ensemble, de manière sereine et détendue.

Le pacte de colocation peut également aider à documenter la situation de vie commune dans diverses démarches administratives, même s'il ne constitue pas en lui-même une garantie absolue pour toutes les situations.


Ce que dit la législation bruxelloise sur la colocation

Depuis l'ordonnance du 27 juillet 2017, la Région de Bruxelles-Capitale dispose d'un cadre législatif propre pour les baux d'habitation, distinct de la réglementation wallonne et flamande. Ce cadre reconnaît les spécificités de la colocation et prévoit certaines dispositions particulières.

Parmi les points importants à retenir :

  • Le contrat de colocation peut être formalisé par un bail multi-signataires ou par des baux distincts.
  • La solidarité entre colocataires doit être explicitement prévue dans le bail pour s'appliquer ; elle ne se présume pas automatiquement.
  • Les règles de préavis s'appliquent selon la durée du bail (bail de courte durée, bail de longue durée, bail de logement étudiant, etc.).
  • L'enregistrement du bail et de ses avenants est obligatoire et reste gratuit pour les baux d'habitation en Région de Bruxelles-Capitale.

Pour toute question spécifique à votre situation, il est conseillé de consulter le Guichet de l'Habitat de Bruxelles, l'Observatoire du Logement, ou un juriste spécialisé en droit du bail.


En résumé : les 5 piliers d'un départ réussi

  1. Préavis formel écrit : respectez les délais légaux et optez pour une forme de notification qui crée une preuve (recommandé).
  2. Communication transparente avec le propriétaire : impliquez-le dès le début, ne le mettez pas devant le fait accompli.
  3. Avenant au bail signé par toutes les parties : c'est le document qui libère formellement le colocataire sortant de ses obligations futures.
  4. État des lieux partiel : protégez-vous contre d'éventuelles accusations de dégradations survenues après votre départ.
  5. Mise à jour du pacte de colocation interne : assurez une transition harmonieuse pour les colocataires restants et le nouveau venu.

Ces cinq étapes ne sont pas bureaucratiques pour le plaisir : elles sont le reflet de situations réelles vécues par des milliers de colocataires belges chaque année, qui ont appris à leurs dépens que l'informel peut coûter cher.


Conclusion : préparez votre colocation avant que les difficultés ne surgissent

Le départ d'un colocataire, aussi bien anticipé soit-il, est toujours un moment de transition qui demande de l'organisation, de la communication et un minimum de formalités. En suivant la checklist détaillée dans cet article, vous mettez toutes les chances de votre côté pour que ce départ se passe dans les meilleures conditions. Pour celui qui part comme pour ceux qui restent.

Mais la vraie leçon à retenir est celle-ci : les problèmes du départ se règlent avant le départ, au moment où on établit les règles de la colocation. Un pacte de colocation bien construit, qui prévoit explicitement les scénarios de départ, de remplacement et de transition financière, est le meilleur investissement qu'une colocation puisse faire. Bien avant que les valises ne soient faites.

Si votre colocation n'a pas encore ce document fondateur, ou si vous souhaitez en établir un nouveau à l'occasion d'un changement de colocataire, pacte-coloc.be vous permet de générer votre pacte de colocation personnalisé, adapté à la réalité bruxelloise et aux situations concrètes de la vie en colocation. Un outil pratique pour que la prochaine transition, qu'il s'agisse d'un départ ou d'une arrivée, se passe sans accroc.

Prêt à cadrer votre colocation ?

Générer notre pacte
© 2026 Pacte de Colocation — Bruxelles, Belgique